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Les éditions Au vent des îles
Rencontre avec Christian Robert

Maison existant depuis 1992, Au vent des îles, dirigée par Christian Robert, publie en 1998 son premier livre pour la jeunesse, Ce petit curieux de margouillat. La particularité de cette maison d'édition ? C'est une entreprise polynésienne, qui essaye de faire vivre la culture Pacifique, offrant ainsi aux polynésiens un accès plus large à leur propre culture et à leurs propres auteurs tout en essayant de faire connaître cette culture si riche au monde francophone en général.

En allant visiter le site de la maison, vous trouverez un grand éclectisme au rayon jeunesse, diversification maximum dont Christian explique la cause : en tant que "petite" maison régionale, on prend les bonnes choses proposées et on les publie. Ensuite, c'est le cercle qui se met en place et les auteurs, attirés par l'existence de quelques titres, viennent proposer leurs travaux et l'éditeur peut alors envisager de mettre en place des collections selon des thèmes ou des classes d'âge précises.

Ainsi le thème de l'environnement qui marche si fort avec Mon amie, la raie, vendue à plusieurs milliers d'exemplaires, va-t-il sûrement générer une collection pour la jeunesse. Le thème plait aux enfants et intéresse le ministère. Et puis le sujet va avoir la vie dure dans ces îles où la protection de l'environnement est une question de plus en plus importante.

La littérature jeunesse est ce qui marche le mieux pour Au Vent des îles grâce à des titres phares comme Ce petit curieux de Margouillat et le trés beau Fa'a'amu, le petit secret de la nuit, magnifique album sur l'"adoption" polynésienne. Ces titres intéressent les Polynésiens au sens large, c'est-à-dire les habitants de la Polynésie et pas seulement les gens de culture polynésienne. En effet, une réelle prise de conscience amène les parents à rechercher des titres pour leurs enfants et un livre sur le margouillat est forcément plus à même de les intéresser qu'un album sur les bonhommes de neige...Les enfants eux-mêmes sont de plus en plus demandeurs et si possible, eux aussi, de livres locaux. Ce qui était donc une opportunité en 1998 se développe aujourd'hui de plus en plus.

D'autant que depuis trois ans, Au vent des îles est distribué dans toute la francophonie (France, Belgique, Canada, Suisse) par Vilo qui permet à la maison de vendre un nombre encore petit mais déjà conséquent de ses albums en France et ailleurs. En Polynésie la diffusion est excellente jusque dans les îles. Et puis Christian, le directeur, participe à de nombreux salons à travers le monde  : ainsi le salon du livre 2006 accueille-t-il sur son initiative un pavillon Océanie qui regroupera des éditeurs de Polynésie et de Nouvelle-Calédonie.

La volonté de Christian, relayant celle des auteurs de Polynésie : publier des textes sur le territoire, écrits par les gens du territoire et plus largement, des textes sur la culture Pacifique, écrits par des polynésiens, des néo-zélandais, des australiens, des samoans, des calédoniens. C'est l'orientation des nouvelles collections à paraître :
Littérature du Pacifique, romans et nouvelles du triangle polynésien
Nature et environnement océanien dont le premier titre, Guide des fruits de Tahiti et ses îles sera suivi par d'autres sur les poissons, les fleurs, les coquillages...
Terres d'Océanie, magnifiques livres sur la Nouvelle-Zélande, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie
Culture Pacifique, collection qui illustre cette volonté de mettre sur le marché français des thèmes typiques du Pacifique Sud mais si peu connus en métropole : la pirogue, l'archéologie aux Marquises, la danse, le tatouage...

Ces ouvrages sont des mines pour les enseignants de Polynésie mais aussi de métropole, ainsi de l'excellent Guide des fruits de Tahiti et ses îles qui évidemment peut être utilisé pour parler de la flore tropicale en général !

Pour ce qui est de la littérature jeunesse elle-même, l'accueil fait à L'alliance Maohi, roman pour les ados, montre qu'il y a beaucoup de choses à développer : ce roman, écrit par un adolescent de Tahiti, mêle aux légendes traditionnelles l'imaginaire des mangas et des jeux vidéos. Or c'est ce syncrétisme qui intéresse les jeunes des îles qui l'ont très bien reçu comme en ont attesté à Christian un certain nombre d'enseignants, en particulier dans les classes "difficiles".

Un secteur à développer donc, mais en français pour l'instant, car la demande en reo maohi, appellation générale de la langue polynésienne, n'est pas assez importante. De nombreuses raisons à cela dont la première et non des moindres est qu'il n'y a pas une langue normée : les travaux de l'académie sont très controversés et la réalité des îles est la diversité, entre le marquisien, le paumotu, le reo tahiti... D'autres parts, et ce à cause de la politique de l'éducation nationale en Polynésie comme dans les autres colonies, les langues se perdent car elles n'ont pas été enseignées pendant des décennies et si aujourd'hui le ministre de l'éducation local change enfin cet été de choses, le mal est déjà fait et peu d'enfants sont capables de parler correctement la langue de leurs ancêtres. Bref, autant de questions problématiques qui empêchent un gros développement des publications en reo maohi mais qui ouvrent de nombreux sujets de réflexions : ainsi pour le salon du livre de Papeete, autre initiative de Christian Robert, Raphaël Confiant, auteur antillais à découvrir sur Remue-net, propose-t-il un débat "Le créole et le tahitien à l'école, premier bilan", débat dont nous nous faisons le relais dans la section FLE de Callioprofs.
Vous trouverez cependant un trés beau livre bilingue, Te Pauma a taaroanui, chez Au vent des îles mais comme l'explique Christian, pour l'instant, ce n'est pas rentable et ils ne peuvent se permettre trop de déséquilibres de ce type pour pouvoir vivre.

En conclusion, la littérature jeunesse vit en Polynésie et il est possible aujourd'hui de trouver autre chose que des livres français écrits par des français à destination des français !

Pour poursuivre la réflexion, nous avons aussi rencontré Patrick Chastel, auteur du roman Le Marae du grand banian, publié par Au vent des îles et qui s'interroge :
Comment donner aux adolescents le goût de lire, comment intéresser les jeunes Polynésiens à leur culture ancestrale et comment la faire connaître à d’autres enfants ?
L'entretien avec Patrick Chastel
La fiche de lecture du roman